Description
Exposition de l'artiste Jérémy Chabaud présentant des oeuvres de 1989 à 2026.
“On n’enchaîne pas les volcans”, ce titre s’est établi pour composer avec la proposition de la 1993 Gallery d’une carte blanche avec mes œuvres. Il a l’avantage de répondre à l’invitation, tout en témoignant d’une admiration aux bouleversantes explorations d’Annie Le Brun, notamment dans un ouvrage éponyme rassemblant quatre de ses conférences sur le marquis de Sade. Ses mots m’obligent en ce qu’ils dévoilent par avance de ma dette et de mes échappées impossibles face à l’incommensurable.
Ici, vous avez compris que ma prétention est immense, résolue de tenter d’accepter sa faim pour mieux y découvrir la chair, les os, l’esprit, depuis les débordements jusqu’à l’ascèse, qui modèlent un parcours. Recherche d’une essence, dont je ne suis pas certain, puisque juge et partie, que je puisse en saisir ne serait-ce que des reflets, sans me perdre dans trop d’ombres. C’est déjà fait.
J’assume cette présentation, comme un nouveau dévoilement, une répétition filante relisant mes curiosités, désirs, obsessions, souffrances, peurs, fragilités, fulgurances, joies et générosités, qui, depuis le début de la fin de ma vie, il y a 54 ans, s’agrègent et circulent face aux autres.
L’improvisation s’avance sur un fil, elle puise dans un savoir-faire et un être devenu palimpseste de récurrentes pratiques lucides et inconscientes. Devant vous : je replonge. Je navigue entre surfaces et profondeurs, en espérant éviter les naufrages.
Des rencontres nouvelles et d’autres fidèles sont autant de gués et de balises pour conjurer les écueils de l’ego. Pourquoi encore exposer ? Simplement pour encore ressentir, apprendre et échanger.
Éléments de nature, tumultes, interactions, butinages, hommages aux arbres, signs along the paths, paysages d’ateliers, mers mortes, Mersea Marseille, collections et accumulations diverses, cartes du tarot, Foamman, clins d’œil par-ci par-là, ne sont que des prétextes aux partages de cristallisation de perceptions, de réflexions, de bonheurs et de tristesses. Ils traduisent une volonté de résistance à la dévoration des pouvoirs en place, comme les indices d’un délire de vie, conscients des pestes qu’on porte en soi et des utopies donquichottesques de l’humour et de la poésie qui nous sauvent parfois.
Sade est un puissant opposé, une béance terriblement ouverte aux déferlements, un gouffre repoussoir fascinant qui crève les yeux. Comment ne pas sombrer dans le mortifère qui aggrave les aliénations et les douleurs ? Les partages ne sont-ils toujours qu’intéressés ? Dans la lave et le roc surgissent les diamants, bruts ou polis, encore faut-il savoir appréhender leurs éclats. Merci Annie Le Brun.
— Jérémy Chabaud, juillet 2026
