Description
Première exposition à Marseille de l'artiste Pierre-Xavier Collardot présentant une centaine de peintures à l'huile de la série des "Ritual paintings". Exposition en prémisse de sa résidence à la Cabane Georgina en bordure des calanques.
À sujet du travail de Pierre-Xavier Collardot :
« Nulla dies sine pictura » pourrait-être la devise de Pierre-Xavier Collardot. Les « Ritual pantings » illustrent l’éruption incessante d’une vie intérieure bouillante de désirs et de questionnements. Elles sont une réponse, une nécessité pour l’équilibre du peintre en devenir dans sa volonté d’essayer d’affronter les défis de la création, écartelé entre tous les possibles et la réalité du temps et des matières. Si suivre la rigueur d’une telle démarche rassure, elle impose un lâcher-prise stimulant les répétitions, les lassitudes, les expérimentations, les trouvailles, les impasses, le terreau et les pépites. Il faut être persévérant, lucide mais un peu inconscient, pour rester confiant dans l’incertitude. Chaque jour, sa dextérité se confronte à un état physique et d’esprit dans l’atelier ou ses voyages.
Les sujets oscillent entre questionnements intimes reflets existentiels qui bousculent l’expérience dans les possibles du moment. Intimité, universalité, autoportraits, observations des maitres, gammes, symbolisme, histoire, journal de bord, jeux, humour, spiritualité, mascarades, se côtoient, se confrontent, se contredisent ou se réconcilient dans une sublimation que l’acte quotidien de peindre implore.
S’accordant avec les doutes et les certitudes, cet espoir, mêlant le cheminement d’une pratique et le flux du hasard, trouve sa complétude dans la profusion d’un ensemble constituant une mosaïque époustouflante d’expressions (déjà 1201 peintures à l’instant de l’écriture de ce texte), mais aussi dans l’exigence de l’indépendance de chaque parcelle autonome s’intégrant dans ce corpus, orchestre géant, où chaque entité joue sa partition, sa spécificité, son étrangeté. Devant nos yeux, se compose un univers en expansion, un cosmos et ses étoiles, parfois filantes.
Ce rituel dialogue avec l’immensité des territoires de la peinture, dans son histoire, ses courants et ses incidences sur les vies des auteurs et des spectateurs. Pierre-Xavier Collardot marche avec jubilation dans les pas des prédécesseurs. Chaque jour, sa curiosité l’amène à côtoyer l’archéologie, les maitres, Goya, James Ensor, Pierre Bonnard, Georgia O’Keffe, Anni Albers, Etel Adnan, Frida Khalo, la bad painting, l’expressionisme abstrait, la peinture de citation ou conceptuelle et bien d’autres…. Le processus s’inscrit dans une économie de moyens. Son habilité et ses prétentions naïves ne sont pas des postures. Pierre-Xavier Collardot creuse son propre sillon de fraîcheur, nourrissant sa mémoire, son coeur, son œil et sa main. La virtuosité acquise a du corps, elle n’est pas simple répétition de facilités. Sa pratique est sensible, sincère et non empruntée. Ce savoir-faire s’épuise pour ne pas s’ennuyer, il rebondit ailleurs, dérive, se joue des codes et de lui même. Ce cadre imposé devient ouverture vers le connu et l’inconnu, perpétuant le miracle de la vie jusqu’au re-nouveau.
Ce carnet de notes grandeur nature accompagne les autres batailles qu’il mène sur des toiles plus grandes. Ses apprentissages avec la peintre Marion Bataillard constituent des moments formateurs d’échanges entre pairs comme le départ d’un compagnonage créatif que nous l’encourageons à partager.
Dans une époque qui valorise un capitalisme outrancier dont les écoles d’art, les institutions culturelles publiques et privées à sa botte se font tristement l’écho facile en jouissant des hiérarchies et des entre-soi, il est heureux d’apprécier une nouvelle pousse, pas encore détournée de l’essence de la création, qui avec la simplicité d’un désir, d’une curiosité, de l’apprentissage d’une capacité et peut-être d’une jouissance-souffrance, sublime la matière. Encore jeune, Pierre-Xavier Collardot parcours la peinture, espérons qu’il conserve en lui les ingrédients qui l’empêcheront de céder à l’appât d’un succès trop lisse. Avec plaisir, constatons aujourd’hui que l’essentiel est déjà là, dans ses promesses et faux-semblants, gageons que sa mise à nu dans l’alchimie de la peinture continue de lui indiquer une passe vers le gage de sa liberté.
Jérémy Chabaud, août 2026.
